Le contexte

A la date du 03 décembre 2014, l’OMS estimait que 17 145 personnes avaient été infectées par le virus Ebola, dont l’épidémie sévit en Afrique de l’Ouest, avec un nombre élevé de décès (6070 : 35.4%). La proportion de soignants parmi les personnes atteintes est de l’ordre de 4% (n=622), avec 346 décès (57.8%)[1].

La majorité voire la quasi-totalité des soignants semble avoir été contaminée hors des Centres de traitement Ebola[2]  au sein desquels leur sécurité est maximale, et cela grâce à:

  1. Un screening préalable des patients ne sélectionnant que les patients suspects d’Ebola;
  2. la disponibilité permanente  d’équipements de protection individuelle ;
  3. la formation et la supervision des soignants ;
  4. l’existence de normes et procédures sur la gestion des cas de maladie à virus Ebola.

Il n’en est pas de même dans les centres de premiers recours tels, les services d’urgence des différents niveaux de la pyramide sanitaire où le principal motif de consultation est la fièvre. La Maladie à Virus Ebola dans sa présentation initiale commune est une affection fébrile pouvant simuler en zone tropicale, un paludisme, de nombreuses viroses ou affections bactériennes. Certaines de ces pathologies exposent les soignants au risque de transmission d’agents infectieux lors des soins, des manipulations ou l’élimination des déchets médicaux. Ces affections représentent près de 60% des causes de fièvres dans un contexte de transition épidémiologique du paludisme. L’épidémie d’Ebola est ainsi révélatrice de l’insuffisance de la protection des soignants devant le risque iatrogène de ces infections virales allant du VIH a Ebola aux hépatites B et  Les récents cas mortels de fièvre de Lassa, en zone reculée au Nord-Ouest du Bénin montrent l’intérêt d’améliorer la prévention et la gestion des risques des acteurs de sante intervenant dans les centres de soins et les laboratoires en Afrique Francophone. Nous estimons indispensable de  renforcer la formation des soignants dans le contexte de l’épidémie en cours, mais aussi de penser « post-crise »  Ebola en pérennisant les bonnes pratiques de prévention des personnels associés aux soins. Il est essentiel que les soignants ne soient plus les victimes et vecteurs de maladies hautement transmissibles en milieu de soins telles qu’Ebola, Marburg, Lassa etc…. Au-delà d’une réponse à court terme, immédiatement nécessaire, une réponse plus large, durable et beaucoup plus ambitieuse est nécessaire. Il est indispensable d’améliorer l’hygiène hospitalière et la sécurité des soins grâce à de grands  projets de formation.

L’enseignement que nous proposons,  intitulé «E-learning  sur la prévention et la gestion des infections associées aux soins en Afrique dans le contexte de la maladie a virus Ebola », s’adresse aux personnels de santé des pays d’Afrique francophone. Il a été élaboré à la suite d’une demande de la Conférence des Doyens des Facultés de Médecine françaises qui souhaitait s’impliquer dans la lutte contre l’infection par le virus Ebola. Cette proposition d’enseignement a reçu l’assentiment de la Task Force Ebola France, de la Société Africaine de Pathologie Infectieuse et a reçu le support de nombreux experts français et africains. Son originalité est d’associer des formateurs des pays du Sud et du Nord et de cibler tous les acteurs de Santé qui en Afrique doivent faire face à cette épidémie en privilégiant la formation des équipes soignantes à la prévention des infections nosocomiales graves quelque soit leur étiologie.

Pr Françoise Brun-Vézinet
Pr Serge Eholié
Pr Jean-Christophe Lucet 

[1] World HealthOrganization “Ebola responseroadmap situation report” 03 December 2014 site http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/144498/1/roadmapsitrep_Dec 2014_eng.pdf?ua=1
[2] WHO Ebola Response Team, NEJM 2014